Le tourisme oui, mais avec quel argent ?
En général, lorsque vous demandez à un camerounais ordinaire pourquoi il ne s’adonne pas au tourisme, il vous répond qu’il aimerait bien, mais avec son revenu, le tourisme est un luxe qui ne lui est pas accessible : « je n’arrive déjà pas à couvrir mes besoins quotidiens, je vais prendre l’argent où pour le tourisme ? ».
Traduction, pour faire du tourisme, il faut être nanti, ou alors le touriste est forcément une personne bien dans ses poches. Une telle acception de la pratique du tourisme est très discutable pour qui sait qu’aujourd’hui le rayon tourisme est très achalandé et propose un large éventail de choix ouverts à tous les goûts et à toutes les bourses.
Effectuer une randonnée sur une montagne ou dans une forêt, cela est-il onéreux ? Profiter d’un séjour de 3 jours à l’invitation d’un ami qui organise des funérailles dans son village, pour aller visiter un lac mythique, est-il vraiment coûteux ? Assister à un séminaire professionnel de 2 à 3 jours à Kribi, tous frais payés par l’entreprise, et en profiter pour aller s’oxygéner aux chutes de la Lobé met-il en péril l’équilibre financier d’un individu ? Prendre 2 heures pendant une retraite spirituelle pour aller visiter un zoo ou un nouveau complexe sportif peut-il porter atteinte au poids d’un porte-monnaie ?
La réponse à toutes ces questions semble évidente, et elle indique clairement que la pratique du tourisme est moins une question de volume de compte bancaire que de conscience touristique, de réflexe touristique, de culture touristique, et de volonté touristique. Le tourisme est très souvent inscrit dans le côté agréable de la vie, mais il est très… utile dans nos vies. Ne pas pratiquer le tourisme, c’est se priver, au moment de rendre compte au Créateur, de la possibilité de lui dire avec fierté et reconnaissance, « veni, vidi, vixi » (« je suis venu, j’ai vu, j’ai vécu »).
Si aujourd’hui le tourisme est devenu un concept à déclinaisons multiples, c’est que les érudits ont observé et compris que de nombreuses situations de notre quotidien sont des occasions de pratique du tourisme, d’où les épithètes accolés : tourisme d’affaires, tourisme sanitaire, tourisme religieux, tourisme culturel, tourisme scientifique, tourisme sportif, tourisme événementiel, etc. Et dans la plupart des cas, ces différents types de tourismes enrichissent l’esprit de l’humain sans l’appauvrir financièrement.
L’argument du manque d’argent pour justifier qu’on ne pratique pas le tourisme est peut-être sincère dans certains cas, mais il est non fondé.
Charles MONGUE-MOUYEME
