juillet 28, 2026

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Pratique

À propos des musées : Dr François Edimo, Délégué Régional des Arts et de la Culture du Littoral

Un musée est une institution permanente, à but non lucratif et au service de la société, qui se consacre à la recherche, la collecte, la conservation, l’interprétation et l’exposition du patrimoine matériel et immatériel. Il est ouvert au public, accessible et inclusif, encourage la diversité et la durabilité. Quels sont les défis des musées au Cameroun et en quoi participent-ils à la promotion du tourisme ? Le Dr François EDIMO, délégué régional de la culture du Littoral, apporte des éclairages à ces préoccupations.

Monsieur Le Délégué, combien de musées officiels avons-nous au Cameroun ? Et comment fonctionnent-ils ?

Le Cameroun est un pays avec une culture muséale dense, notamment dans l’aire culturelle Grassfield. Là-bas chaque groupement pour ne pas dire chaque concession a un musée ou ce qui en est l’équivalent. Vu ainsi il serait difficile de donner un chiffre exact du nombre de musées au Cameroun. Mais il n’y a pas moins 50 musées officiels au Cameroun et chacun a un fonctionnement autonome assis sur son objet et ses spécificités ou selon que son propriétaire est public ou privé. Si vous voulez savoir s’ils sont fréquentés je vous dis oui.

À quoi sert concrètement un musée ?

Les fonctions des musées sont plurielles. Mais de façon globale on peut dire qu’ils sont les lieux de conservation, de valorisation et de transmission du patrimoine culturel. Les musées ont vocation à rendre l’art, l’histoire, accessibles à tous, contribuant ainsi à la consolidation de la mémoire collective.

Le musée doit-il parler uniquement du passé, ou il évoque aussi les problèmes d’aujourd’hui : jeunesse, climat, vivre-ensemble, etc. ?

La fonction première d’un musée est de faire connaître le passé. À ce titre, vous conviendrez avec moi qu’un musée, pour exposer les faits futurs est difficile à concevoir. Toutefois l’évolution de la technologie et des sciences est telle qu’on peut envisager la projection du monde dans le futur en prenant en compte les problèmes actuels de la jeunesse, l’évolution du climat, etc. Il existe des musées contemporains.

Beaucoup de personnes, notamment les jeunes, ne mettent jamais les pieds au musée. Qu’est-ce qui explique cela selon vous ? Et comment les y intéresser ?

Cette affirmation doit être nuancée. Dans l’aire culturelle Grassfield, les musées sont fréquentés chaque week-end pour ne pas dire chaque jour. Certainement à cause de la valeur des artefacts qui y sont conservés et de la proximité entre les visiteurs et ceux-ci. Dans les autres aires culturelles, la fréquentation est un peu plus faible sans doute à cause des préoccupations économiques jugées prioritaires.

Quoi qu’il en soit, la visibilité d’une discipline artistique et culturelle dépend de ses acteurs. Il y a donc un travail d’information, de communication et de sensibilisation à faire pour asseoir la culture muséale chez ceux qui traînent encore le pas.

Quels sont les 2 plus gros défis des musées du Cameroun aujourd’hui ? Manque de moyens, manque d’intérêt, autre chose ?

L’amateurisme. Certains exploitants de musées s’illustrent par le manque de professionnalisme. Heureusement la promulgation de la loi n° 20/20 du 20 juillet 2020 régissant les associations artistiques et culturelles arrive comme une aubaine. Grâce à elle, les propriétaires des musées vont se regrouper en Compagnies dans les Arrondissements. Le regroupement des Compagnies va permettre d’avoir des Unions dans les Départements qui elles-mêmes vont conduire aux guildes dans les Régions. La finalité étant la constitution de fédérations artistiques et culturelles au niveau national. Et la loi citée ci-dessus réserve une fédération aux Professionnels de l’information et de l’organisation des savoirs. Une discipline qui concerne entre autres les activités muséales.

Les musées et le numérique. Les visites virtuelles et autres. Comment capitaliser cela ?

Il faut fédérer les espaces culturels existant au sein d’une plate-forme Web centralisée, renforcer les compétences des gestionnaires de musées à travers des ateliers, développer les visites virtuelles et des modélisations 3D des objets phares comme initié par le Musée National du Cameroun pour rendre l’art accessible et pallier au manque d’espace physique, s’appuyer sur les programmes du MINAC (Ministère des Arts et de la Culture) qui visent à préserver et documenter le patrimoine culturel Camerounais par les technologies actuelles.

Certains disent : « nos objets d’art sont en Europe. À quoi bon visiter un musée vide ici ? » Vous répondez quoi ?

Les affres de la colonisation sur le patrimoine culturel camerounais sont palpables. Pour autant il serait irréaliste d’affirmer que les musées sont vides au Cameroun. Il ne saurait en être ainsi puisque l’histoire du Cameroun ne s’est pas arrêtée avec le départ du Colon. Des découvertes post coloniales ont été faites et qui méritent d’être connues pour le renforcement des idéaux de paix et d’unité nationale.

En quoi est-ce que les musées participent ils au développement du tourisme ?

Il s’agit précisément du tourisme culturel qui est porté par les musées. Ceux-ci en sont les moteurs. À travers l’attractivité des destinations, la valorisation de l’identité locale, l’impact économique direct, le lissage de la saisonnalité, ils attirent les visiteurs et apportent beaucoup au tourisme.

Qu’est ce qui peut motiver les touristes à visiter les musées du Cameroun ?

Le Cameroun c’est l’Afrique en miniature. On l’appelle d’ailleurs aujourd’hui le Continent pour exposer la variété, la densité, l’immensité de sa rosace culturelle.

Propos recueillis par Hervé MBOLO

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